Lorsque l’on parle de panne Internet, on imagine souvent un problème de box, un incident chez un opérateur ou un serveur en surcharge. Mais cette fois, ce sont les artères mêmes du Web mondial qui ont vacillé. Une nouvelle coupure majeure de câbles sous-marins en mer Rouge a mis une partie d’Internet au ralenti, affectant des millions d’utilisateurs entre l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient. Et ce nouvel épisode rappelle à quel point le réseau mondial repose sur une infrastructure bien plus fragile qu’on ne le pense.

Sous la surface des océans, plus de 500 câbles assurent 99 % du trafic Internet mondial. Vidéos, appels, transactions bancaires, cloud, IA : tout transite par ces fibres optiques d’une finesse extrême, étendues au fond des mers comme de gigantesques cordons ombilicaux numériques. Lorsque l’un d’eux tombe, le monde le ressent immédiatement.


Une zone hautement stratégique et de plus en plus instable

La mer Rouge occupe une place critique dans la cartographie mondiale des câbles. Cette zone étroite, coincée entre l’Afrique et la péninsule arabique, est un passage obligé pour relier l’Europe à l’Asie. En quelques kilomètres de largeur, se concentrent certains des câbles les plus importants au monde, comme SEA-ME-WE 5, AAE-1 ou Europe-India Gateway.

Ces dernières années, la région est devenue une zone à haut risque. Entre tensions géopolitiques, conflits terrestres et activité militaire accrue, la sécurité des infrastructures sous-marines est plus que jamais menacée. L’incident actuel n’est que le dernier d’une longue série ayant déjà perturbé les communications internationales depuis 2023.

Les premiers rapports évoquent une rupture multiple, potentiellement causée par l’ancre d’un navire dérivant ou un acte intentionnel. Rien n’est confirmé, mais l’impact est considérable : redirections forcées du trafic, saturation temporaire de routes alternatives et ralentissements perceptibles pour de nombreux services critiques.


Un effet domino qui rappelle la fragilité du Web mondial

Contrairement à une croyance répandue, Internet n’est pas un nuage intangible. C’est un ensemble d’infrastructures physiques, et lorsque l’une d’elles tombe, la charge se reporte ailleurs. Les câbles atlantiques ont dû absorber une partie du trafic redirigé, provoquant un goulot d’étranglement entre l’Europe et l’Asie.

Certains services cloud ont affiché des temps de réponse dégradés, les plateformes de streaming ont réduit automatiquement la qualité vidéo, et plusieurs entreprises ont signalé des lenteurs importantes dans leurs applications professionnelles. Ce type d’incident montre parfaitement que la mondialisation numérique, aussi performante soit-elle, reste terriblement sensible aux perturbations locales.

Plus inquiétant encore, la multiplication de ces incidents interroge sur la sécurisation réelle des câbles sous-marins. Depuis deux ans, plusieurs gouvernements évoquent publiquement le risque d’attaques ciblées, qu’elles soient étatiques ou criminelles. Une coupure au mauvais endroit pourrait littéralement fragmenter Internet en plusieurs blocs isolés pendant des heures.


Réparations complexes : des semaines d’intervention

Contrairement à une fibre optique standard, réparer un câble sous-marin n’a rien d’anodin. Il faut dépêcher un navire spécialisé, localiser précisément la rupture, remonter le câble à la surface, souder la fibre à l’abri de l’humidité… puis le redéposer au fond, parfois à plusieurs kilomètres de profondeur.

Cette opération peut prendre de deux à six semaines selon les conditions météorologiques, la profondeur ou l’état du câble. Pendant ce temps, le trafic mondial doit jongler entre routes alternatives, ce qui explique la persistance de ralentissements.


Qui est touché, et dans quelle mesure ?

La France, comme le reste de l’Europe, n’est pas directement coupée du monde, mais ressent indirectement la saturation des routes transcontinentales. Les services internationaux les plus affectés sont ceux hébergés en Asie, à Singapour ou dans certaines régions du Moyen-Orient.

Les entreprises utilisant massivement des services cloud basés hors Europe subissent des latences plus importantes, notamment pour les visioconférences, le streaming professionnel et les outils SaaS. Les particuliers, eux, remarquent surtout des ralentissements sporadiques en soirée, lorsque la demande explose.


Peut-on réellement sécuriser Internet ?

Depuis plusieurs années, les géants du numérique comme Google, Meta ou Amazon investissent dans leurs propres câbles sous-marins privés pour réduire les risques. Mais la concentration de fibres dans des zones stratégiques comme la mer Rouge ou le détroit de Taïwan reste un problème majeur.

Des experts appellent à une diversification urgente des routes, mais cela implique des investissements colossaux et des années de travaux. D’autres proposent des systèmes d’alerte avancés pour détecter rapidement les anomalies sur les câbles. Pour l’instant, la réalité est simple : le Web mondial est plus vulnérable qu’il ne l’a jamais été.


Faut-il s’inquiéter ?

Pas de panique : aucune coupure ne menace de « faire tomber Internet ». Le réseau est conçu pour résister et rerouter automatiquement le trafic. Mais chaque incident de ce type rappelle la dépendance extrême du monde moderne à des fibres optiques de quelques millimètres d’épaisseur.

Et dans un contexte où les tensions géopolitiques, la cybercriminalité et les accidents en mer se multiplient, les câbles sous-marins sont désormais un enjeu stratégique aussi vital que les pipelines ou les routes commerciales.


Conclusion : une panne qui met le Web face à ses limites

La coupure de la mer Rouge est un avertissement. Elle montre que même en 2025, l’Internet mondial reste fragile, vulnérable et soumis à des infrastructures physiques souvent méconnues du grand public. Les ralentissements observés ces derniers jours ne sont que les symptômes d’un problème plus large : la nécessité de repenser et diversifier les routes qui relient les continents.

Le Web mondial continuera de fonctionner — mais chaque coupure rappelle que ses fondations reposent sur des câbles invisibles, silencieux… et bien trop exposés.

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